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Maroc J1 - la maison de Rabat
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« Mes yeux s’ouvraient pour la première fois sur le monde, ici, en 1974. Où étais-je ? Sur la planète terre, en Orient, au Maroc, à Rabat. Il y avait une maison, un jardin, des insectes microscopiques sous les feuilles de bananiers ainsi que des oranges mûres à terre, que mes frères et moi écrasions du pied avec nos petites sandalettes. Revenir à l’origine du monde [1], pour un peintre, c’est du grand luxe. Ma madeleine Proustienne avait été trempée dans le thé à la menthe et tout mes souvenirs se raccrochaient ici, à Rabat. J’avais aujourd’hui rendez-vous avec cette lumière blanche et aveuglante, responsable de mes rides trentenaires. »

Détails par détails, c’est la mémoire sensorielle qui se souvient d’un son, d’une flagrance, des couleurs chatoyantes qui explosent au visage. Mon œil suit ici et là les gens qui passent dans le hall de l’aéroport, tel un défilé de mode sans spots ni podiums : d’abord le tissu des femmes voilées, noir, rose ou vert pomme, à la broderie fine ou au jeté simple ; L’uniforme kaki et rouge des militaires de la douane, le bleu ouvrier des porteurs qui nous filent avec leur chariot, à peine arrivée. 11h05, Rabat. Je redécouvre mon pays natal en travelling, depuis la fenêtre poussièreuse du Grand Taxi, une mercedes blanche déglinguée. Je me souviens de cela : l’odeur du cuir de la banquette noire, séchée par le soleil omniprésent. La voix nasillarde d’un journaliste que diffuse la FM locale constitue la bande-son du film qui se déroule à 80 km / heure sous mes yeux, intitulé « Retour à Rabat, 30 ans plus tard ». Dehors, sur les bords sableux de la route bitumée, on croise de tout : un jeune marocain en amazone sur une mule fatiguée, un troupeau de moutons presque marrons, des bananiers, des bâtisses blanches aux toits plats. Je repense à ma maison, celle de mon enfance, La pièce ronde du puzzle que je vais devoir retrouver dans cet architecture de cubes emboîtés. Mon « Rosebud » [2] à moi aurait-il périt dans les flammes ?

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Carnet de voyage, Rabat, 2004.

Notes du carnet : « 13h30. Nous sommes dans la Médina - pause thé à la menthe, avenue Mohamed V - J’observe les murs aux couleurs ocres, bleu ciel, les tuiles vertes luisantes du minaret, sur lesquelles glisse le soleil. Tout vient à soi, par nuances : les odeures, ces fameux jeux de lumières (…) Tout est allé si vite depuis notre arrivée à Rabat, les sons, les costumes, les parcelles de villes, la communauté marocaine. L’objectif numérique ne parvient pas à saisir ce trop plein d’émotions dans l’instant, car je vis l’instant et l’appareil est de trop. (…) Mon œil, mon esprit ne suit pas ; c’est comme un rêve éveillé. »

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Notes de voyage, croquis...Le carnet se noircit heure par heure, souvent pendant la pause thé à la menthe.

Les premières ébauches noircissent le carnet, avec une notation, que je retiendrais ici : « ce qui me rattache à mon occidentalité : l’envie de tout vivre par le prisme médiatique de la caméra, du numérique, du e-zone et du Olga ». Le dessin a une autre vertu ; saisir la culture du pays et non son imagerie. Puis, des croquis d’ambiance de la médina et une note : « Des chaussures pendent au bout d’une ficelle, ainsi que des bananes et toutes sortes d’objets ».

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La gare centrale, Rabat-ville.

Gare Centrale, 15h30. Nous retirons deux billets pour Fes, où nous sommes attendus le lendemain pour dîner. Non loin de là, je regarde sur le plan la croix marquant l’emplacement de ma maison. Il faut suivre les rails, passer les murailles fortifiées de la ville nouvelle et atteindre le quartier des orangers. Katja suit du doigt les lignes du plan mais déjà mon pas s’est emboîté vers une station essence qui devait exister avant ma naissance, vu l’état. Juste derrière, une petite rue. De loin j’aperçois le balcon arrondi de ma maison originelle, à l’architecture complexe, qui devait déjà me donner de l’exercice à mes premiers dessins d’enfant.

J’arrive devant cette bâtisse à la fois familière et étrangère - un lieu de culte - que je retrouve au premier jour de mon voyage pèlerinage. Les murs ont été repeint en gris et la façade prend moins la lumière que dans le temps. Depuis le portail, on voit deux angles du jardin où poussent encore un bananier nain et toutes sortes de plantes exotiques - une véritable jungle pour un enfant de 4 ans - couvertes de fleurs au printemps, sous lesquelles je venais cueuillir mes œufs de pâques. Un panneau s’est planté devant le temple et indique : « école de formation à l’administration de secrétariat et de bureautique. » Je contemple tout cela comme une œuvre de musée dont je peux saisir le contour sans pouvoir en toucher le cœur. Le jardin de derrière, ma chambre d’enfant, le garage, la vue depuis le balcon. Ce portail repeint en gris constitue la limite entre passé et présent, infranchissable pour l’être, comme le sont ces volets clos pour l’œil ému. Mais il y a cette fenêtre au dessus de la porte d’entrée, translucide, qui m’autorise à prolonger mon regard à l’intérieur, mon intérieur. Mon doigt peut toucher, presser la sonnette, qui fera peut-être sortir un bon génie de la maison. Car je ne possède plus cette clé là, si chère, qui ouvre les portes de ma mémoire ancienne. Une femme apparaît derrière la fenêtre et fait tomber le dernier volet grisâtre en guillotine. Je me sens soudain étranger dans mes propres terres natales. Mais la femme sort, et vient à nous, intriguée. Je lui montre les photos aux couleurs passées de la maison, de moi enfant dans le jardin, sur laquelle on reconnaît le bananier nain. La femme nous donne rendez-vous le lendemain, à 11h00, car elle ne peut nous recevoir maintenant.

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La plaque de ma rue. Sur le prolongement du mur, autoportrait en projection dans la lumière de mon enfance et le nom de ma ville natale en tag urbain.

Je mitraille au numérique la façade, des bouts de jardins, un palmier haut d’au moins 8 mètres, bref, un catalogue de photos que j’effacerais plus tard, faute de place sur les cartes mémoires. La vraie richesse ne s’illustre pas, elle se vit, mais le recul est d’évidence nécessaire. On retourne à l’hôtel ; à chaque nouveau pas qui m’éloigne de la maison, je me sens renaître. Peut-être que Demain, avant de prendre le train pour Fes, j’obtiendrais la clé pour pénétrer à l’intérieur de mon musée intime ?

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Fin de la première journée : impressions calligraphiques et numériques.

> Bientôt en ligne : J2 - Dimanche 11 janvier 2004 - Voyage de Rabat à Fes.


[1] Courbet, L’origine du monde

[2] Citizen kane d’Orson Welles : le protagoniste principal prononce ce mot juste avant de mourir, ce qui lance l’intrigue du film. "Rosebud" - qu’on pourrait littéralement traduire par " bouton de rose " - renvoie à l’enfance de Kane, qui en fut privé. " Rosebud" est un jouet d’enfant, une luge, qui périt dans les flammes à la fin du film.




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